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Conférence du Maître Kut Humi Lal Singh

Mercredi soir, 28 janvier, 1948

         Tous les mercredis, nous nous réunissons afin de nous entretenir sur les graves questions de la vie, et aussi afin de mieux communier avec les forces supérieures.  Nous voulons de même, et d’une manière particulière, nous familiariser avec les harmonies intimes et transcendantales de l’univers entier.

         Nous faisons tous partie de cet univers.  Individuellement, nous devons nous considérer comme en entité non séparée de l’univers de la même façon qu’un tout petit morceau de notre peau fait partie de ce corps que nous prétendons nôtre.

         Individuellement parlant, nous appartenons à un grand corps, nous ne sommes qu’une petite cellule infiniment minime de ce grand corps qu’est l’univers. Si nous pouvons bien fixer notre attention sur ce fait nous y gagnerons beaucoup, parce que nous arriverons à comprendre que toute notre vanité, toutes nos ambitions personnelles, et enfin que toute notre vie, - qui sont toujours une concentration de notre personne en nous-même et pour nous-même, - répondent à des intérêts qui ne sont pas réels ; et tous les grands problèmes que l’homme doit confronter se résument à cela, qu’il a perdu complètement le sens de ses relations avec l’univers. Nos philosophies, nos civilisations successives nous ont complètement éloignés non seulement de la nature, mais aussi du sein primordial de la vie universelle.  Plus l’homme est devenu intellectuel, plus il s’est organisé, plus il s’est plu à s’appeler civilisé, plus il a rompu avec sa véritable destinée et avec l’Essence de la Vie Universelle.

         Il n’est donc pas étrange que nous soyons de moins en moins capables de comprendre notre véritable nature, ainsi que nos relations avec les aspects spirituels de la vie, et enfin avec les modalités divines de toute la nature.

         Je vous parle un langage qui n’est pas celui des sectes mystiques connues, et qui n’est pas non plus celui des religions organisées et légalisées. C’est un langage raisonné, mais qui tend avant tout à rétablir la communion entre l’individu, en tant que cellule, et l’Univers comme grand corps auquel il appartient.

         L’Univers est un grand corps et le fait de ne pas comprendre cette réalité cause toutes les petites misères humaines et tous les graves problèmes que nous confrontons au cours de notre vie.  On dit parfois que nous sommes ignorants, que de notre ignorance découlent tous nos problèmes, mais si nous analysons bien cette ignorance, cette méconnaissance que nous avons de la vie et de nous-même, nous découvrons qu’elle est le produit de certaines conceptions que nous avons de nous-même, de certaines attitudes intérieures que nous entretenons, de certaines conditions enfin qui règnent dans notre for intérieur.  Il serait donc assez difficile d’expliquer ce qu’est en réalité l’ignorance.

         Nous avons passé en revue antérieurement ces conditions d’ignorance, et nous sommes arrivés, je crois, à conclure que l’ignorance ne consiste pas à ne pas connaître les faits de la nature ou les faits de la vie, et que le savoir n’est pas simplement caractérisé par la souvenance de multiples théories scientifiques ou autres ou de doctrines religieuses.  Beaucoup de gens ne sont jamais allés á l’Ecole, ne savent rien de l’existence de «grands sages», ignorent les complications sublimes de la civilisation, et pourtant ont un cœur beaucoup plus pur, une âme beaucoup plus élevée et une conscience beaucoup plus réveillée, claire, épanouie que beaucoup gens dont l’érudition est le seul mérite.  Ils sont donc mieux constitués pour une vie sage, tandis qu’au contraire, chez les civilisés,  chez ceux qui vivent dans de grandes villes, qui peuvent posséder d’ailleurs des titres académiques et vivre d’accord avec la science que l’on appelle officielle, on s’aperçoit qu’une grande majorité d’entre eux sont complètement détournés d’une vie normale et conforme aux principes de la nature, que leur cœur a perdu sa pureté, la conscience, sa netteté, sa lucidité, et l’âme son caractère élevé.

         Le savoir tiré des livres, des écoles, des instituts et universités, n’est donc pas vraiment nécessaire ou indispensable pour arriver à une vie honnête, pure et harmonieuse.  Je ne dirai pas une «vie sage», car cette condition est le couronnement de toutes les qualités précédentes.

         Dans les campagnes ou dans les lieux lointains où ne règne pas totalement la civilisation de nos villes, les habitants semblent plus disposés à vivre une vie sincère, harmonieuse et honnête.  Dans les endroits civilisés, on s’aperçoit au contraire que beaucoup de personnes, malgré leurs grandes connaissances, ont perdu la faculté de distinguer un fait malhonnête d’un fait qui ne l’est pas.

         Elles ne savent plus différencier une conception harmonieuse d’une autre qui ne l’est pas, ou mener tout simplement une vie sincère.  Elles sont presque toujours perturbées par leurs passions ou bas instincts que toutes leurs connaissances ne suffisent pas à anéantir ou même amoindrir. Les connaissances ne sont donc pas des éléments suffisants pour élever l’âme et disposer l’être à une vie spirituelle digne.

         Mais il y a en nous une condition de «savoir» intime dont nous avons parlé la dernière fois.

         On peut très bien «savoir» sans «connaître».

         C’est de là que je veux partir ce soir.

Naturellement, cette distinction peut être difficile à établir pour beaucoup d’entre vous, parce que nous vivons dans un monde complètement perturbé par les grandes passions.

L’Europe même sort à peine d’une grande guerre, et ce n’est que pour en voir une autre venir.  Elle ne parvient pas à se libérer des atroces misères créées par la guerre, et toutes ces turpitudes viennent se dresser contre nous.  Et ceux dont l’Esprit veut rester normal et libre se demandent si, en définitive, il est bon ou convenable de vivre puisque l’homme, au fur et à mesure qu’il vit, ne cesse de soulever des problèmes toujours nouveaux.  Mais ceux-là s’aperçoivent aussi que ces problèmes proviennent toujours de conditions créées par l’homme lui-même.  Si le monde est rempli de problème à un degré si intense, c’est tout simplement parce que l’homme n’est pas encore arrivé à un stade de compréhension de ce qu’il est.  Il ne se connaît pas lui-même.

Nous en sommes encore au fameux dicton des anciens philosophes, qui commandaient de se connaître soi-même.  Non seulement nous ne nous connaissons pas nous-même, mais nous n’avons pas la capacité, la force de faire face aux circonstances que nous avons provoquées ; nous n’avons pas le courage d’admettre que nous sommes les instigateurs des problèmes, soit en les ayant tolérés, soit en ayant permis leur floraison.  Nous déplorons les circonstances mais nous ne faisons rien pour changer l’état des choses d’accord avec nos meilleurs principes.  On laisse tout aller à la dérive, et un jour on se trouve anéanti sous les problèmes dont on n’a pas su endigué le flot.

En vérité, nous tous qui sommes aujourd’hui dans cette salle, sommes responsables de tout ce qui se passe dans le monde.

Vous direz peut-être, «mais je n’ai rien fait pour cela, mes parents ont beaucoup plus de responsabilité que moi, puisque quand je suis né j’ai trouvé ces circonstances qui existaient déjà».  C’est vrai.  Tous ici, nous avons trouvé, en naissant, un monde soumis à bien des misères.  Mais si nous analysons bien les conditions qui régnaient avant notre naissance ou pendant notre enfance, en 1910 par exemple, nous verrons que les problèmes du monde ont largement augmenté depuis.  Nous n’avons résolu aucune des questions qui se posaient en 1910.  Au contraire.  Je suis certain que si on pouvait faire le compte des problèmes de l’humanité, de ses malheurs et misères, on en trouverait trois fois plus.

Où est donc notre évolution ?

Où est notre progrès ?

Qu’ont fait les systèmes religieux du passé ?  Qu’ont fait les systèmes philosophiques ?  Qu’avons-nous fait tous, vous et moi, jusqu’à aujourd’hui pour résoudre les problèmes du monde ?  Nous n’avons rien fait du tout.  Pour ma part il est vrai que je ne me suis point croisé les bras, mais les problèmes ont augmenté tout de même.  Nous avons donc tous une participation à leur cause et nous sommes responsables parce que nous n’avons rien su résoudre et avons contribué, consciemment ou non, à leur augmentation ; soit par l’ignorance ou manque de courage.

Nous n’avons rien fait pour y apporter une solution, quoique nous nous disions spirituels ou spiritualistes…. Mot dont j’ai horreur !

Chaque fois que l’on prononce le mot «spiritualistes» j’ai presque de l’épouvante en moi-même.

Puisque nous sommes ici pour parler franchement et en toute sincérité, nous devons reconnaître que ceux d’entre nous qui ont regardé les problèmes du monde face à face, n’avons pas fait tout ce que nous aurions dû pour les éviter ou les amoindrir.

Peut-être quelques-uns d’entre vous diront-ils :

«Ce n’est pas mon affaire !  Comment pourrais-je résoudre ces problèmes.  Je ne suis pas seul dans le monde, c’est plutôt l’affaire des autres».

Avec cette complaisance-là, on peut évidemment rejeter sur l’épaule des autres toutes les responsabilités.  Néanmoins, je puis vous dire, et je le dis par expérience, que si une seule personne a le courage d’élever la voix devant n’importe quel problème, celui-ci ne tarde pas à fléchir.  S’il y en a trois, cent ou mille qui demandent justice, ordre et paix dans le monde, soyez certains que ces âmes et cœurs unis dans une même vibration auront la puissance d’une véritable étincelle cosmique, beaucoup plus puissante que les formes d’étincelles que nous connaissons sur la terre ou qu’aucune bombe atomique.

Il est vrai qu’aujourd’hui les valeurs sont assez méprisées.  On ne donne pas beaucoup d’importance aux valeurs morales.  Néanmoins, quand une seule personne élève la voix pour dire la vérité, on commence à l’entendre, à vouloir l’entendre, puis à sentir quelque chose en soi-même, ou une petite voix qui répond au message entendu.  C’est une voix silencieuse, quelque chose de sensible en nous qui répond toujours aux principes universels.  Aussi quand on parle de justice, de vérité, quand on demande l’ordre et la paix, il y a toujours une réponse dans les cœurs humains.  Tous les cœurs ne sont pas humains, direz-vous.  Moi je vous dis le contraire, parce que nous sommes tous faits de même manière, du plus ignorant au plus grand des sages.

Pendant la guerre, j’ai eu l’occasion de visiter, dans l’Ile de Cuba une prison d’Etat.  Cette faveur m’a été accordée en vertu de relations que j’avais conservées avec la Ligue des Nations, et plus particulièrement la section chargée d’améliorer le sort des prisonniers.

Je dois vous dire auparavant que l’Ile de Cuba est le pays le plus libéral que je connaisse.  C’est le seul où l’on puisse respirer tranquillement, où toutes les institutions libres sont respectées, où l’on peut vivre sans contrainte d’aucune sorte.  C’est pour cela que je l’ai choisi pour y fixer ma résidence occidentale.

Je suis donc allé dans cette prison, et j’ai vu des êtres d’apparence épouvantable.  Là-bas on n’a pas la finesse de la culture, la souplesse spirituelle, propres aux français.  Beaucoup d’êtres n’ont pas figure humaine.  Cependant j’ai voulu voir si ces gens étaient capables d’une résonnance spirituelle et de sentir comme un être humain peut sentir les choses.

J’ai commencé à parler…de tout ce dont on parlait pendant cette guerre, et du sujet brûlant que tout le monde se croit un devoir d’évoquer.  J’ai donc abordé le sujet de rigueur, j’ai parlé de démocratie.  Je leur ai parlé de beaux idéaux, et comme le musicien qui pince une guitare ou une cithare, j’ai voulu voir s’ils avaient des cordes au cœur.  J’ai évoqué pour eux les sentiments maternels, je leur ai dit ce que c’est un enfant.  Je leur ai parlé des nécessités de l’homme en tant que citoyen fraternel de l’humanité, et je dois constater qu’ils m’ont donné la plus grande de mes satisfactions, une satisfaction que je n’aurais certainement pas eue si j’avais parlé dans les universités de l’Amérique du Nord ou de l’Amérique latine, je me suis fait entendre dans toutes les universités d’Asie, et bien j’ai trouvé beaucoup plus de résonnance intime et sublime chez ces prisonniers que dans les audiences cultivées.  Donc vous voyez que les gens ont un cœur.  Je ne veux pas certes conclure avec ce seul fait, quoiqu’il soit assez troublant de constater une même résonnance dans une prison de 3.000 personnes de toutes races, nationalités et degrés de culture mais avec les fruits de mes expériences dans le reste du monde, je puis affirmer ma certitude absolue qu’il n’y a pas de cœur humain insensible à des paroles de bonté, à des paroles sincères, de même qu’il n’y a pas de cœur de femme insensible à des paroles d’amour.   Le cœur est fait précisément pour battre en concordance avec certaines conditions spirituelles ou universelles.  Quand on parle au cœur humain une langue universaliste, je suis certain qu’il émet une résonnance profonde, parce que tous les cœurs aujourd’hui sont las de personnalisme.

On voit que le personnalisme fleurit au cours de toute notre vie. Ouvrez un journal, on ne parle que de personnes.  Allez à l’église, on vous parle toujours d’une personne, que ce soit Dieu ou de grands saints.  Tout est toujours centralisé sur la personne.  On personnalise partout.  A l’Ecole, on nous emplit la tête de théories créées par certaines personnes qui se déclarent scientifiques ou savantes.  A l’université, on en fait autant.  Et pour finir, on nous donne un beau diplôme pour nous démontrer que nous sommes vraiment quelque chose.

On personnalise.  On oublie totalement les principes universels. Du haut de toutes les chaires, on proclame des théories et des doctrines toujours appuyées sur le plan personnel.  Partout, c’est le personnel qui compte.

D’ailleurs, on vous dit qu’il faut être bon pour aller au Ciel. Vous allez au Ciel parce que vous avez l’égoïsme suffisant pour mériter d’y aller.  Et si vous êtes mauvais, vous allez en enfer.  Tout ceci est présenté de très bonne façon, mais c’est toujours du personnalisme. C’est vous qui allez en Enfer.

On ne vous dit pas qu’il faut être bon parce que c’est convenable et utile à tous, conforme aux principes universels d’harmonie, parce qu’il faut l’être tout simplement.  Non, on nous dit qu’il faut être bon pour mériter d’aller au Ciel.

Pour les Musulmans, le Ciel est un lieu charmant entouré de belles dames, rempli de fleurs odorantes et de mets délicieux.  Pour d’autres croyances, on y rencontre des Anges, tous très jolis afin de charmer notre gentille petite vanité.  Partout c’est un point de vue personnel qui règne et la conception du Ciel favorise des aspirations personnelles vers un bonheur conçu par soi-même.

Notre malheur est notre excès de personnalisme et notre manque d’universalisme.

Notre profession ici est donc de retourner à la nature, mais à la nature prise dans un sens universel. Il ne s’agit pas de faire un bond en arrière, oublier ce que les civilisations et les cultures successives nous ont appris et revenir vers la vie des forêts et des cités primitives.  Si nous faisons cela ce serait grave pour nous.  Cependant, je ne le cache pas, l’évolution aujourd’hui se base sur une certaine régression.

Il y a un moment, je critiquais quelque peu les «spiritualistes».

Si vous saviez ce que je pense des gens qui se parent de ce titre !  Chaque fois que l’on vient me parler de bonté ou d’amour, je vous dis franchement que je préfèrerais aller au tréfonds de l’Afrique et y porter mon message aux Singes.  J’ai parfois l’impression qu’ils seraient plus sensibles et plus réceptifs à mes enseignements, et qu’avec eux je perdrais moins de temps.

Mais il est vrai que j’ai un petit penchant personnel pour les singes.  Je trouve quelque chose de plaisant en eux qui me rappellent vaguement certains aspects de nous-mêmes… N’allez surtout pas croire que j’ai des attaches quelconques avec la métempsychose des Hindous… Mais les singes ont quelque chose qui me semble supérieur à l’homme… Au moins, ils ont le sens de la bonne humeur.

Quelqu’un a dit que les hommes sont supérieurs aux animaux parce qu’ils ont la faculté de rire.  Mais quand on vit en Europe on s’aperçoit que cette faculté est assez rare.

Quand je regarde les yeux des gens qui rient, j’y vois de l’épouvante au fond de leur âme, une grande misère au fond de leur cœur.  Leur âme est éteinte.  Il leur manque une étincelle de vie.  Leur sourire n’a pas de félicité, ni d’indulgence.  Il manque l’ironie de leur propre tragédie.

La vie humaine est une grande tragédie aujourd’hui précisément parce que nous manquons d’indulgence et de bonté.  Nous manquons de bonnes relations avec l’univers en général.  Les religions, les philosophies, les idéaux politiques deviennent peu à peu de simples synthèses d’intérêts personnels.  Nous avons rompu l’harmonie universelle.  Nous ne faisons plus de notre vie une satisfaction des nécessités de la vie.  Nous en faisons tout simplement, ainsi que de nos croyances et foi, une satisfaction purement sentimentale ou d’intérêt égoïste.

On fait de la politique parce qu’on veut atteindre un poste, avoir un bon salaire, jouir d’un grand prestige, comme on fait de la religion pour aller au Ciel.

La religion qui garantit le Ciel le plus facilement est celle que l’on adopte le plus souvent.

Pour ma part, je ne vous promets rien du tout.  Je vous parle seulement de l’intérêt que l’homme à d’établir ou rétablir la communion entre les âmes et les êtres, et entre ces âmes et l’Univers en général.  Je veux tout simplement arriver à la conclusion que nous sommes de petites cellules de l’Univers, et que seule cette compréhension nous mettra en condition de réaliser que l’Univers est un grand corps et qu’il existe une âme universelle, qui nous rattache aux théories antiques de l’Anima Mundi, de l’Afrique Centrale et de l’Asie où Brahma, l’Esprit Universel, est la base de la nature et de la vie.

Mais nous, hommes d’aujourd’hui, qui connaissons tant et sommes si instruits en toutes sortes de théories et doctrines, nous ne sommes pas capables d’arriver à une synthèse.  L’homme d’aujourd’hui ne peut pas confronter la nature, l’univers en général, sur un plan de synthèse.  Il est si accoutumé à considérer les choses du point de vue personnel, qu’il a perdu la faculté de se connaitre lui-même, de se comprendre dans sa propre essence, de même qu’il a perdu la possibilité d’entrer en contact avec l’âme universelle.

Quand on pare le Dieu, dans toutes les formes de religions, écoles ou professions politiques, on évoque toujours une conception particulière à nous-mêmes.  On conçoit Dieu selon ses propres convictions intimes, selon ses propres ambitions intimes.  Chacun fait son Dieu à sa manière, d’accord avec ses intérêts particuliers et toujours de manière à obtenir la «rémission» des péchés ou faiblesses.

Dieu, selon nos conceptions, est un peu comme une bonne à tout faire.  Il doit satisfaire toutes nos stupidités, toutes nos nécessités ; il doit pardonner toutes nos fautes, et, par-dessus le marché avoir pitié de nous.

Et nous, nous sommes les gentils petits garçons qui méritent toutes ces faveurs, tout simplement parce que c’est nous qui avons fait Dieu.  Il doit payer pour avoir été fait par nous.

Cette conception fait partie de tous les âges.

Cependant, dans les temps reculés. Il y a quatre mille ans, par exemple, on pensait encore à Dieu d’une manière sublime.  Aujourd’hui, le sublime a disparu de notre catégorie de conscience.  On croit en Dieu mais on n’a pas la foi.  On transige avec lui. On lui dit : «Je crois en toi si tu me fais ce miracle que je désirais.  Je croirai beaucoup plus en toi si tu permets que ma volonté soit faite».  Si on est malade, on dit « Dieu guéris-moi et je te servirai de tout cœur ».  On ne commence pas par servir.  Il faut que ce soit Dieu qui commence. L’homme d’aujourd’hui, qu’il soit de Paris, de Londres, Pékin ou Washington, est donc assez ridicule.  Il croit avoir la foi, il prétend suivre Dieu et en réalité sa conception est terriblement personnelle.  Il a perdu cette faculté de découvrir les essences de la vie, il ne comprend plus la transcendance des choses, il ne s’aperçoit même pas que lui-même fait partie de l’univers. Il lève le bout de son nez vers les étoiles et il les voit à peine, ou, s’il les voit, croit qu’elles ont été mises là pour charmer se petite vanité.  Il ne s’aperçoit pas qu’entre ces beaux petits points scintillants de l’espace, il existe une harmonie infinie, une énorme symphonie sacrée, une essence grandiose qui fait mouvoir ces mondes. Il ne voit non plus l’intelligence supérieure qui régit ces grandeurs, non plus que celle qui règne en son propre corps, qui rend possible ce qu’il est, sa personnalité dont il est si fier.

Ecoutez votre cœur battre régulièrement au fond de votre poitrine, absorber et refouler sans cesse le sang dont la force se répand dans notre corps et dans toutes vos cellules.  Voyez le magnifique de ce petit mécanisme qui règle à lui seul toute la circulation de votre sang, voyez son rythme parfait, entendez sa chanson profonde, sa transcendantale poésie.  C’est la chanson de la vie, chanson d’extrême intelligence, parce qu’elle est parfaite, et ceci non seulement pour votre cœur, mais aussi pour tout votre corps.

Le cerveau est un moteur parfait, semblable á celui d’une auto perfectionnée, moteur merveilleux grâce auquel nous pouvons nous livrer à des ébats mentaux qui nous nommons intelligence, grâce auquel nous pouvons faciliter le mécanisme de notre corps.  Ce corps, quelqu’un a dit qu’il est le temple de Dieu.  C’est vrai.  Et c’est un très beau temple, même s’il paraît disgracieux à notre sens esthétique.  Il est toujours merveilleux dans son ensemble, parce qu’il représente une grande symphonie, identique à celle de l’Univers.

Mais on ne s’aperçoit pas de toutes ces beautés ; on est trop occupé à satisfaire les multiples besoins de la vie journalière, les basses passions de notre ignorance, on est trop occupé à contenter notre vanité courante.  On n’a plus le temps de bien penser.

On ne s’aperçoit même plus de la magnifique beauté que représente la vie humaine dans son sens intime.  On n’a même plus la capacité ou le désir de découvrir la splendeur de la vie dans l’univers en général.

Et pourtant chacun de nous, j’en suis certain, est passé par différentes écoles de croyances mystiques ou religieuses.  D’aucuns ont lu la Bible 5 ou 6 fois, d’autres la «Doctrine Secrète» nombre de fois sans y rien comprendre peut-être, d’autres ont usé leurs yeux dans d’énorme livres de Kabbale ou autres spécialités, enfin, presque tous, vous possédez une connaissance appréciable sur les diverses métaphysiques et pourtant, que reste-t-il de tout cela si vous faites le bilan ?   Il reste une quantité illimitée de doutes, d’incertitudes, et surtout une confusion déplorable.  On voudrait faire une synthèse mais on ne peut pas, premièrement parce que notre intelligence n’est pas capable, et deuxièmement, parce que notre cœur n’a pas été cultivé à cet effet.   Il ne sait faire que du personnalisme, à l’école, à l’université, à l’Eglise, partout on rend un culte à la personnalité.  On a voulu amplifier ses connaissances mais toujours dans le but d’augmenter, soit des pouvoirs personnels, une autorité ou sa vanité propre.  Cela n’a jamais été pour purifier notre cœur, encore moins pour donner à notre vie un sens transcendantal.

 On a voulu s’élever vers Dieu.  Mais qu’est-ce que Dieu ?  Le sait-on ?  Non.  On n’en a qu’une conception très vague, et lorsqu’il est un peu défini, c’est toujours dans un sens personnel et égoïste.

Les gens dévots qui adorent leur divinité, leurs anges, leur panthéon mystique, oublient cette même divinité ou les saints qu’ils invoquaient dès qu’ils sortent du temple et s’appliquent alors à être de charmants petits diables, dès qu’il s’agit de défendre leurs intérêts.  On ne se souvient jamais de Dieu ou des belles théories éthiques dès qu’il s’agit de satisfaire ses propres ambitions.   La religion n’existe plus, ou l’oublie totalement.   Il y a donc une défaillance dans la nature humaine, dès qu’il s’agit de défendre intérêts, égoïsme ou ambitions.  Mais il y a aussi une défaillance du côté de la religion ou de la philosophie qui ne réussissent pas à transformer le cœur de l’homme, à polariser son esprit, à l’élever vers des plans supérieurs.   Le fait de croire à quelque chose, ce n’est pas encore justifier son existence, et le fait que l’on impose une croyance, ce n’est pas garantir que tous les problèmes de la vie seront résolus.   Du reste nous le voyons aujourd’hui à l’heure où nous vivons, le monde est pourri de problèmes, et que font les religions ?  Que font les systèmes métaphysiques ?  Ils sont là, naturellement, mais que font-ils pour résoudre les problèmes aigus de l’homme ?   Peut-être font-ils quelque chose en réalité, mais alors reconnaissons ensemble que ce n’est pas très efficace, parce qu’aujourd’hui ces problèmes dépassent l’envergure morale de l’homme, et aussi la capacité de son intelligence.   La preuve en est que l’homme n’est pas capable de répondre les questions que lui posent l’économie, le social, l’idéologie.  Il patauge dans les idées ambitieuses et purement intéressées.  Nous vivons un règne de personnalisme, et c’est là notre véritable défaillance….

C’est là la cause de toutes nos misères.  Nous devons retourner à l’universalisme, nous devons faire profession de foi, non seulement dans l’intellect mais dans le profond de nos cœurs, de retourner à notre patrie céleste, c’est-à-dire de renouer de bonnes relations avec le «Ciel» comme diraient les Chrétiens.  Moi, je dis renouer de bonnes relations avec l’Univers. Retourner enfin au véritable sens de la vie.  Ainsi seulement nous nous vitaliserons de nouveau.  Alors seulement nos cœurs prendront una chaleur transcendantale, nos intelligences deviendront normales, notre conscience pourra se rappeler qu’elle n’appartient pas uniquement à la terre, qu’elle ne doit pas être limitée par des frontières et qu’elle n’est pas destinée à animer des soldats dont le rôle est de tuer des gens à chaque génération.

Alors seulement, peut-être, nous apprendrons à vivre véritablement.

Pr. OM Lind Schernrezig

K.H.